Les Chroniques de VJC

18 juin 1940...ici Londres !

L’appel du 18 juin prononcé par le général de Gaulle et communément reconnu comme un document patrimonial de notre histoire. Si elle est aussi anniversaire d’une défaite (la bataille de Waterloo) cette date du 18 juin, anniversaire d’un acte fondateur, marque incontestablement l’histoire de la Nation France. Elle crée même sa propre histoire, suffisamment efficiente pour ne pas avoir besoin de rappeler le millésime, ne parle-t-on pas de l’« appel du 18 juin », de l’« Homme du 18 juin » sans autre précision, au point que bon nombre des élèves de nos classes hésitent entre 1939, 1940 et 1944 ?

Juin, mois si particulier, avec son avant goût de vacances, qui adoucit de ses parfums nostalgiques les plus affreux des reîtres.Au sacre du 7 juin 1654 de Louis XIV à Reims répond la formation du gouvernement Blum du 4 juin 1936, et comme un caprice de l’Histoire, le décret de Prairial du 10 juin 1794, marquant le début de la grande Terreur, semble donner la clé des raisons pour lesquelles le Front Populaire ne sut s’imposer comme tournant révolutionnaire radical. Juin des SAS français qui sont largués sur la France, ou le Cal SAS boutéard bléssé et achevé par l'ennemi le premier mort français de l'opération Overlord, juin des années sombres illuminé par les explosions de couleurs des bombes, des projectiles et des obus du débarquement allié du six, où 177 fusiliers marins du commando Kieffer se sont illustrés, combattant, aux coude-à-coude avec les anglo-américains, dans des sanglants Corps à corps contre les troupes allemandes d’occupation. Juste et suite logique d’un grand moment, le 18 juin 1940, l’appel de Londres du général de Gaulle.

L'auteur de l'appel, bien que sa famille vive à Paris, Charles de Gaulle voit le jour dans une maison de la rue Princesse à Lille, le 22 novembre 1890, enfant d’un milieu de bourgeoisie parisienne classique par son père et de bourgeoisie du textile du nord de la France par sa mère.Il suit ses classes primaires chez les Frères des écoles chrétiennes, puis entre au collège de l’Immaculée conception, où il se montre fort en histoire et en français, négligeant le reste. Reçu au baccalauréat le 19 juillet 1906, 1re série Latin-Grec. Il poursuit ses études en Belgique après l’interdiction faite aux congrégations d’enseigner en France. Bien qu’il n’y ait aucune tradition militaire dans sa famille, il prépare Saint-Cyr au collège Stanislas, y est reçu le 30 septembre 1909. En poste à Arras, pour son stage d’homme de troupe, refusant la promiscuité des casernes républicaines, il reçoit divers surnoms, « la grande asperge », « double mètre », mais celui de « connétable » (plus haute distinction militaire de la monarchie) le cerne sans doute davantage pour ses congénères. Il manifeste très vite une réelle ambition. À Saint-Cyr, en 1910, issu de la promotion Fez, il choisit l’infanterie, se montre brillant élève, sauf en sport et en tir, et se classe 13e à la sortie de l’école. Il choisit alors de retourner au 33e régiment d’infanterie à Arras, préférant le sol de France à l’exotisme colonial. Philippe Pétain commande ce régiment. Entre celui que de Gaulle surnomme rapidement « précis le Sec » et le futur père de la France Libre, une communauté de religion, un même anticonformisme vis-à-vis du commandement, permettent l’instauration d’une certaine sympathie. La volonté de rester sur la terre de France marque les deux hommes. Cependant la même envie se traduit en juin 1940 par des décisions diamétralement opposées dans les faits, dans leur impact mais aussi sur l’avenir de chacun des deux hommes, sur l’avenir même de la Nation.

Le 18 juin historique ? Certes, surtout pour raconter une histoire conforme, comme il se doit, à l’honorabilité et l’héroïsme du camp des vainqueurs.Mais pour bien mesurer, non pas le caractère historique, mais les causes et les conséquences des faits, essayons d’imaginer un échange des discours. C’est la grande permutation, Pétain appelle à la résistance. Nous sentons immédiatement l’impossibilité et le ridicule de la situation parce que le 17 juin la capitale est réduite, les soldats en déroute, les généraux en fuite. Il eût été grandiose d’ appeler chaque homme et chaque femme à se faire tuer sur place, plutôt que de reculer, à édifier partout des barricades, à brûler les villes et les villages pour ne pas ravitailler l’ennemi et faire de chacun un partisan saboteur. Mais qui dans l’Histoire demanda un tel sacrifice ? Pas même Napoléon mais Adolf Hitler, nous le constatons.

Si elle se présente comme indispensable, la contextualisation de l’appel du 18 juin 1940, n’enlève rien au caractère fondateur du document. Tout juste relativise-t-elle certains points d’histoire événementielle sans rien retirer au contenu, à l’impact, tout juste permet-elle aussi de nourrir la réflexion sur la mise en mémoire et sur le rôle de l’appel dans la construction du mythe gaullien. Texte majeur au même titre que la Charte de l’Atlantique, il s’inscrit bien dans une démarche d’enseignement sur les formes de participation au conflit, sur les réactions face aux événements, sur les choix fondamentaux qui guident l’être humain dans les temps troublés quand beaucoup sont restés passifs. Le caractère pluriel de la résistance française au dedans comme au dehors, le caractère pluriel de la résistance dans un ensemble plus vaste auquel de Gaulle lui-même a donné le soir du 18 juin une dimension mondiale. De même, il doit être confronté aux démarches mises en place par la France Libre, comme acte fondateur de cette épopée constructrice, part importante de la Résistance française dans son ensemble.

Cette année devant tous les Monuments aux Morts de France, une cérémonie sera organisée le 18 juin, à l'occasion du 77ème anniversaire de l'appel du général de Gaulle.

...Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes...

Publié le 17/06/2017

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